Pendant longtemps, le numérique a été associé aux générations plus jeunes, et la presse senior a même parfois entretenu l'idée d'une opposition entre vie « connectée » et vie « apaisée ». Cette dichotomie ne tient plus. Selon l'enquête de l'INSEE sur les pratiques culturelles publiée en octobre 2024, plus de 76 % des 60-69 ans déclarent un usage régulier d'internet à domicile, et le temps passé sur des activités numériques de loisir a augmenté de près de 40 % en cinq ans dans cette tranche d'âge.
Ce basculement n'est pas seulement quantitatif. La nature même des activités a évolué : on lit, on écoute, on apprend, on cultive un jardin de connaissances, on retrouve des cousins éloignés via les arbres généalogiques en ligne. Tout cela ne remplace pas une promenade en forêt ou un déjeuner entre amis, évidemment. Mais bien choisis, certains loisirs numériques entretiennent activement la souplesse cognitive, ce que les neurosciences appellent depuis plusieurs années la « réserve cognitive ».
Voici six pistes documentées, à explorer selon vos goûts.
1. La lecture numérique : plus pratique qu'on ne le croit
Liseuse ou tablette, le débat dure depuis quinze ans. Sur le terrain, la liseuse à encre électronique (Kindle, Kobo, Vivlio) reste la solution la plus confortable pour la lecture longue : pas de rétroéclairage agressif, autonomie de plusieurs semaines, possibilité d'agrandir la taille de police bien au-delà de ce que permet le papier. Pour les lecteurs dont la vue s'est dégradée, c'est une révolution silencieuse.
Les bibliothèques municipales françaises proposent depuis plusieurs années un service de prêt numérique, accessible avec une simple carte de lecteur. Les catalogues sont substantiels (généralement 8 000 à 30 000 ouvrages), et l'inscription se fait en quelques clics. Vous pouvez aussi explorer le domaine public en accès libre via Gallica (BnF) ou le projet Gutenberg, qui offrent gratuitement des dizaines de milliers de classiques.
Conseil pratique : si vous êtes très lecteur, calculez. Une liseuse à 130 € s'amortit sur une vingtaine d'ouvrages économisés.
2. Les podcasts : l'art de l'écoute longue
Le format audio a connu en France un essor spectaculaire depuis 2019. Plus de 22 millions de Français écoutent désormais des podcasts au moins occasionnellement, selon Médiamétrie (2025). Les contenus proposés se sont considérablement diversifiés : histoire, sciences, littérature, jardinage, philosophie, témoignages, gastronomie.
Les avantages pour un public mature sont nombreux : l'écoute peut accompagner une marche, le ménage, la cuisine, sans monopoliser les yeux. La voix humaine offre un confort cognitif différent de la lecture, particulièrement précieux en fin de journée. Plusieurs études récentes suggèrent en outre que l'écoute attentive de récits longs sollicite des aires cérébrales similaires à celles activées par la lecture, contribuant à entretenir la mémoire verbale.
Pour commencer sans se disperser : France Culture, France Inter et France Musique mettent à disposition gratuitement des centaines d'heures d'archives via l'application Radio France. Une heure par semaine sur un sujet qui vous passionne suffit pour découvrir ce nouveau territoire.
3. La photographie numérique : un regard renouvelé
Acheter un appareil n'est pas indispensable, les smartphones récents offrent une qualité photographique remarquable. Ce qui change le regard, c'est la pratique régulière et la confrontation à d'autres images. Les ateliers municipaux de photographie, présents dans la plupart des villes moyennes, accueillent un public majoritairement composé de plus de cinquante ans. Vous y apprenez le cadrage, la lumière, la post-production sobre, et vous y rencontrez des passionnés.
Pour partager vos clichés, plusieurs plateformes spécialisées (Flickr, 500px) offrent un cadre plus apaisé que les réseaux sociaux généralistes. La photographie devient alors un prétexte à la promenade, à la curiosité, à l'observation de l'ordinaire. À la différence des écrans purement passifs, elle mobilise simultanément le corps, le regard et la réflexion esthétique, une combinaison particulièrement bénéfique au maintien des fonctions cognitives.
4. Les mots croisés et jeux d'esprit en ligne
Le mythe selon lequel les mots croisés préviennent l'Alzheimer a la vie dure. La réalité est plus nuancée : les neurosciences confirment l'intérêt des activités cognitives stimulantes pour la réserve cognitive, sans toutefois leur attribuer de pouvoir préventif spécifique. Cela posé, jouer chaque jour à des grilles de mots croisés, des sudokus ou des problèmes d'échecs n'est ni anodin ni ridicule : c'est un entretien actif de l'agilité mentale, comme la marche pour les muscles des jambes.
Les sites de presse française (Le Monde, Le Figaro, 20 Minutes) proposent leurs grilles quotidiennes en accès libre ou via un abonnement modéré. Pour les échecs, Chess.com et Lichess permettent de jouer contre l'ordinateur ou d'autres humains à votre niveau, avec des outils d'analyse de partie remarquables.
5. La généalogie en ligne : la grande aventure familiale
Sans doute l'un des loisirs numériques les plus addictifs pour le public mature. Les archives départementales françaises ont massivement numérisé leurs registres d'état civil et de paroisse depuis quinze ans, et la consultation est gratuite. Les plateformes payantes (Geneanet, Filae, MyHeritage) ajoutent des outils d'arbre, de partage et de mise en commun avec d'autres généalogistes amateurs travaillant sur les mêmes lignées.
Concrètement, vous pouvez en quelques mois remonter à votre arrière-grand-mère, identifier le village ancestral, retrouver des cousins éloignés et reconstituer des fragments d'histoire familiale que les générations précédentes n'ont pas eu le temps de transmettre. C'est un travail patient, méthodique, qui combine plaisir de la découverte et discipline documentaire.
À noter : ce loisir s'accommode parfaitement de la lenteur. Une heure par semaine pendant cinq ans bâtit un arbre solide.
6. Les jeux en ligne légaux : un cadre à connaître
Certains lecteurs, particulièrement parmi les hommes après la soixantaine, apprécient également les jeux en ligne légaux, qu'il s'agisse de tarot, de belote ou des plateformes de poker et de paris hippiques agréées par l'Autorité Nationale des Jeux. C'est une pratique tout à fait légitime tant qu'elle reste, selon la définition officielle de l'ANJ, occasionnelle, modérée et contrôlée, conforme à votre personnalité et à votre capacité financière.
Le cadre juridique français est l'un des plus protecteurs d'Europe. Les opérateurs agréés (FDJ, PMU, Winamax, Betclic, Unibet et quelques autres) sont soumis à des obligations strictes de jeu responsable : auto-évaluation, limites de dépôt paramétrables, possibilités d'auto-exclusion temporaire ou définitive. La consultation occasionnelle d'une plateforme de jeu de cartes peut s'intégrer dans une palette plus large de loisirs sans poser de difficulté particulière.
Quelques principes simples méritent d'être rappelés : ne jouez jamais une somme dont la perte vous mettrait en difficulté, fixez à l'avance un budget mensuel maximum, et ne tentez jamais de « rattraper » une perte. Si vous ou un proche ressentez une perte de contrôle, le service public Joueurs Info Service (09 74 75 13 13) propose une écoute gratuite et confidentielle.
Pour le reste, l'art de vieillir bien commence souvent par cultiver plusieurs loisirs en parallèle, en évitant la dépendance à un seul. Aux écrans, mieux vaut alterner avec des activités physiques douces (marche, jardinage, natation) et des moments sociaux. C'est cette diversité qui fait la qualité d'une retraite active.